Le savon de Marseille

   

Une savante alchimie des huiles

   
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Les savonneries artisanales se comptent aujourd’hui sur les doigts de la main. Elles perpétuent pourtant la tradition d’un produit célèbre de par le monde pour ses 72 % de teneur  en acides gras. Un chiffre qui a tout changé.

Déjà au IXème siècle on fabriquait à Marseille le savon dur à l'huile d'olive : la Provence a utilisé très tôt ses huiles d'olive de seconde qualité pour la savonnerie. Mais cette tradition est, sans doute, plus ancienne encore. Les Gaulois, on le sait, savaient faire du savon. Au début on préparait une émulsion composée d'huile, d'eau qui avait servi à nettoyer des cendres. Les Arabes modernisèrent le procédé en additionnant de la chaux aux cendres lessivées. Les XVIème et XVIIème siècle vont voir l'épanouissement de cette industrie marseillaise grâce notamment à l'exploitation des mines qui mettent à disposition une énergie plus simple d'utilisation pour la cuisson que le bois. Colbert comprend que ce produit représente un atout commercial de premier ordre. Il veut même créer un monopole qu'il accorde à un certain Rigat, de Toulon. Les Marseillais vont se battre pour garder la suprématie, et ils réussiront. Colbert protégera ce dynamisme provençal.

 
  Colbert ancre solidement l'appellation

Il va même, par un règlement publié en 1688, exiger un véritable "label", avec des normes strictes concernant la fabrication, à propos notamment de l'utilisation primordiale de l'huile d'olive ou, tout au moins, des huiles végétales. Le savon, à cette époque, avait une couleur verte, il se vendait en barres de 5 kg ou en pains de 20 kg.
En 1789 on recensait 34 établissements fabriquant le savon à Marseille; en 1813 il y en a 62! La proximité des oliveraies n'est pas étrangère à ce chiffre. Et au XIXème siècle, le savon compte parmi les trois ou quatre éléments constitutifs de la puissance industrielle et commerciale de Marseille.
Mais à partir de l'entre-deux guerres, avec l'apparition des détergents liquides puis despoudres à laver, la savonnerie va entrer dans sa période de déclin. Localement, le savon de Marseille est réduit aujourd'hui à quelques fabricants qui tentent de garder la haute tradition, répartis entre Marseille, Salon-de-Provence et Arles, Eyguières, Toulon, Nîmes. Le reste est aux mains de grands groupes qui n'ont plus guère à voir avec la qualité originelle du savon de Marseille.

  Un produit de grande qualité

Pourtant, ce savon est l'un des plus sains qui soient. Ses origines végétales en sont la cause. Et cela, même si l'huile d'olive s'est mêlée, peu à peu, au coprah (noix de coco), à l'arachide, à la palme, et même au suif.

La garantie de pureté qui date de l'époque Colbert est aujourd'hui - après la vogue de ces quinze dernières années sur les produits naturels – la raison pour laquelle le label "savon de Marseille" reste commercialement porteur.

La demande est allée croissant, ces dernières années, surtout sous forme de savonnettes. Car les qualités traditionnelles du savon de Marseille en font un produit particulièrement destiné au corps, même si l'on a vu apparaître des formules vouées au lavage en machine. Cela a amené des fabricants locaux à exporter de plus en plus, la réputation de ce savon étant, depuis longtemps, internationale. Un "réveil" commercial s'est produit à la fin des années 80, et les USA, le Japon, se révèlent des marchés très porteurs. Le produit est bon, on le sait, les fabricants le savent, les clients aussi, mais il reste la question du conditionnement, de la livraison, qui nécessitent une adaptation. D'autant plus qu'il y a une grande disparité entre les gros fabricants et les petits, dont certains doivent se battre pour maintenir la "recette" de fabrication traditionnelle. Quand un produit a une telle renommée et une telle histoire, comment pourrait-il en être autrement?

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